Albert Lozeau
La Passion
AINSI que l’ivrogne à son verre,
Comme à l’opium le fumeur,
De même que l’aigle à son aire,
Ainsi que l’abeille à la fleur,
Celui qui mit un jour sa lèvre,
Poésie, à ton vase d’or,
Dans la peine, l’amour, la fièvre,
Y reviendra jusqu’à la mort !
Car la sublime maladie
Circule à jamais dans son sang ;
Et son cœur ardent s’incendie
D’un foyer toujours renaissant !
Et sa soif est inextinguible !
Et plus à la coupe du Beau
Il boit, ô délice terrible !
Plus il brûle d’un feu nouveau !
La passion fatale et forte
En fait un esclave éternel
Qui traîne sa volonté morte
Le long des jardins bleus du ciel !
Lucide ivresse de l’idée !
Sa raison voyage là-haut
Comme par une âme guidée,
Qui prononce tout, sans un mot !
Son corps pèse peu sur la terre ;
Il est seul et silencieux,
Mais ne se sent pas solitaire :
Quelqu’un l’accompagne des yeux...
Une voix lui souffle des phrases
Pleines de douceur et d’amour,
Si bien qu’il marche dans l’extase
Comme dans la clarté du jour.
Pour subir la grâce du charme,
Il n’a qu’à se faire humble et doux,
A ne pas rougir de ses larmes,
Parfois, à se mettre a genoux,
A présenter son front docile
A l’appel du rayonnement,
Ainsi qu’une petite fille
Aux caresses de sa maman.
Car la lumière, c’est la joie ;
Quand on est ivre de beauté,
C’est que Dieu lui-même l’envoie
A notre obscure humanité
Muse, à ta coupe je veux boire !
Penche-la tendrement vers moi ;
Ton philtre abolit la mémoire :
Je serais malheureux sans toi…
Ouvrant mes yeux sur l’autre monde,
Sur ma misère tu les clos,
Et mon âme qui vagabonde
N’entend pas ses propres sanglots !
Tu m’éloignes tant de moi-même
Quand tu m’as versé ta liqueur :
Tu ne sais pas comme je t’aime,
Toi qui n’as pas trompé mon cœur !…
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jeudi 23 juin 2011
Albert Lozeau Minutes heureuses
Albert Lozeau
Minutes heureuses
VOUS qui m’avez donné des yeux pour voir le ciel,
Et des mains pour presser les mains douces que j’aime,
Qui m’avez fait le don ; Seigneur, ô Dieu suprême,
De lèvres pour baiser sa bouche au goût de miel ;
Vous qui dans ma poitrine avez placé la vie
Que rythment les profonds battements de mon cœur,
De mon cœur plein d’ennui, de joie ou de rancœur,
D’espérance, d’amour, de peine, et non d’envie ;
Seigneur, malgré le mai dont souffre l’être humain,
Malgré les trahisons, les mensonges, les haines,
Merci des jours présents et des heures prochaines !
Accordez-moi de vous bénir encor demain.
Car je n’ai pas toujours regretté sur la terre :
Par mes yeux, par mes mains, par ma bouche, souvent,
J’ai goûté la douceur de vivre, ô Dieu vivant,
O Dieu si grand, si bon à l’âme solitaire !
Minutes heureuses
VOUS qui m’avez donné des yeux pour voir le ciel,
Et des mains pour presser les mains douces que j’aime,
Qui m’avez fait le don ; Seigneur, ô Dieu suprême,
De lèvres pour baiser sa bouche au goût de miel ;
Vous qui dans ma poitrine avez placé la vie
Que rythment les profonds battements de mon cœur,
De mon cœur plein d’ennui, de joie ou de rancœur,
D’espérance, d’amour, de peine, et non d’envie ;
Seigneur, malgré le mai dont souffre l’être humain,
Malgré les trahisons, les mensonges, les haines,
Merci des jours présents et des heures prochaines !
Accordez-moi de vous bénir encor demain.
Car je n’ai pas toujours regretté sur la terre :
Par mes yeux, par mes mains, par ma bouche, souvent,
J’ai goûté la douceur de vivre, ô Dieu vivant,
O Dieu si grand, si bon à l’âme solitaire !
Albert Lozeau Aspiration
Albert Lozeau
Aspiration
AH ! ce besoin d’aimer, cette ardeur infinie,
Ce grand rêve fervent de bonheur immortel,
C’est lui qui dans nos cœurs suscite une harmonie
Et nous donne l’espoir consolateur du ciel !
C’est lui qui chante en nous d’une voix souveraine,
Qui soutient notre vie au long des jours mauvais ;
C’est ce mystérieux désir qui nous entraîne
Et répète : Viens-t-en, pauvre âme, où je m’en vais…
Je l’ai trouvé caché tout au fond de moi-même ;
Sans doute, il m’attendait dans mon petit berceau,
Et mon faible soupir fut, après le baptême,
Une aspiration divine vers là-haut.
Dès que notre regard ouvert à la lumière
Reçoit l’impression de la réalité,
Dieu dirige un rayon de la splendeur première
Vers l’homme, qui toujours en demeure hanté.
Son âme vainement agite ses deux ailes ;
Il sent peser sur lui la peine de l’exil,
Et sa soif et sa faim d’amour sont éternelles !
Ce bonheur convoité si fort, l’atteindra-t-il ?
Sa faiblesse l’attriste et son effort le blesse,
Mais vers le but son vol anxieux est constant ;
Il sent que ce qui fait sa sublime noblesse,
C’est de monter, malgré sa misère, en chantant !
Ah ! s’évader enfin des ombres de la terre,
Libre comme un oiseau dans l’azur enchanté !
Pour l’âme, quelle ivresse exquise et salutaire
De sentir le frisson sacré de la Beauté !
Si Dieu n’avait pas mis en nous l’élan suprême,
L’initial essor du cœur tendant au ciel ;
Si nous devions croupir, peuple morne au front blême,
Dans la matière épaisse et le hideux réel,
O désolation de vivre, nuit affreuse !
Fauves rugissements des brutaux appétits !
Et, dans le sang versé dont la mare se creuse,
Râles, sous les talons vainqueurs, des tout petits !…
Précieuse croyance en la bonne justice,
Bel hymne intérieur d’espérance et d’amour,
Relève mon courage au bord du précipice
Et ne me quitte pas jusqu’à mon dernier jour !
Aspiration
AH ! ce besoin d’aimer, cette ardeur infinie,
Ce grand rêve fervent de bonheur immortel,
C’est lui qui dans nos cœurs suscite une harmonie
Et nous donne l’espoir consolateur du ciel !
C’est lui qui chante en nous d’une voix souveraine,
Qui soutient notre vie au long des jours mauvais ;
C’est ce mystérieux désir qui nous entraîne
Et répète : Viens-t-en, pauvre âme, où je m’en vais…
Je l’ai trouvé caché tout au fond de moi-même ;
Sans doute, il m’attendait dans mon petit berceau,
Et mon faible soupir fut, après le baptême,
Une aspiration divine vers là-haut.
Dès que notre regard ouvert à la lumière
Reçoit l’impression de la réalité,
Dieu dirige un rayon de la splendeur première
Vers l’homme, qui toujours en demeure hanté.
Son âme vainement agite ses deux ailes ;
Il sent peser sur lui la peine de l’exil,
Et sa soif et sa faim d’amour sont éternelles !
Ce bonheur convoité si fort, l’atteindra-t-il ?
Sa faiblesse l’attriste et son effort le blesse,
Mais vers le but son vol anxieux est constant ;
Il sent que ce qui fait sa sublime noblesse,
C’est de monter, malgré sa misère, en chantant !
Ah ! s’évader enfin des ombres de la terre,
Libre comme un oiseau dans l’azur enchanté !
Pour l’âme, quelle ivresse exquise et salutaire
De sentir le frisson sacré de la Beauté !
Si Dieu n’avait pas mis en nous l’élan suprême,
L’initial essor du cœur tendant au ciel ;
Si nous devions croupir, peuple morne au front blême,
Dans la matière épaisse et le hideux réel,
O désolation de vivre, nuit affreuse !
Fauves rugissements des brutaux appétits !
Et, dans le sang versé dont la mare se creuse,
Râles, sous les talons vainqueurs, des tout petits !…
Précieuse croyance en la bonne justice,
Bel hymne intérieur d’espérance et d’amour,
Relève mon courage au bord du précipice
Et ne me quitte pas jusqu’à mon dernier jour !
Albert Lozeau Louanges
Albert Lozeau
Louanges
C’EST toujours à vos pieds, Seigneur, que je reviens
Lorsque je souffre trop et que j’ai l’âme triste ;
A votre grâce auguste aucun mal ne résiste :
Vous êtes, ici-bas, le meilleur des soutiens.
Vos deux bras étendus sur la croix disent : Viens !
Oublie, en m’adorant, tout ce monde égoïste
Par qui tant de douleur injustement existe ;
En pleurant sur tes maux, mon enfant, songe aux miens !
Seigneur, votre voix douce inspire confiance.
J’appelle, et vous prenez aussitôt ma défense,
Et je sens une joie infinie en mon cœur !
Car vous êtes le Dieu proclamé qui délivre,
Celui que les élus au ciel chantent en chœur,
Et de qui l’homme obtient le courage de vivre !
Louanges
C’EST toujours à vos pieds, Seigneur, que je reviens
Lorsque je souffre trop et que j’ai l’âme triste ;
A votre grâce auguste aucun mal ne résiste :
Vous êtes, ici-bas, le meilleur des soutiens.
Vos deux bras étendus sur la croix disent : Viens !
Oublie, en m’adorant, tout ce monde égoïste
Par qui tant de douleur injustement existe ;
En pleurant sur tes maux, mon enfant, songe aux miens !
Seigneur, votre voix douce inspire confiance.
J’appelle, et vous prenez aussitôt ma défense,
Et je sens une joie infinie en mon cœur !
Car vous êtes le Dieu proclamé qui délivre,
Celui que les élus au ciel chantent en chœur,
Et de qui l’homme obtient le courage de vivre !
Albert Lozeau Vanité
Albert Lozeau
Vanité
AUX feux de mon esprit qui s’allume dans l’ombre,
Je me regarde vivre avec étonnement :
Une fierté triomphe en ma stature sombre,
Et je suis comme un roi promis au firmament !
J’ai des chants de victoire au cœur, je me célèbre !
Comme autrefois David devant l’arche a dansé,
J’élève un hymne d’or à ma propre ténèbre,
Et d’un éclair divin je me sens traversé !
Je suis mon seul amour. Je suis grand. Je suis digne.
S’il est quelqu’un meilleur, c’est qu’il existe un Dieu !
Et mon être est marqué, comme l’élu, d’un signe
Tel qu’on en voit la nuit briller dans le ciel bleu !
Vanité ! vanité ! ― Ta poussière superbe
Qui s’aime et se contemple, un vent l’emportera !
Et, comme après l’été splendide le brin d’herbe,
Ton corps, ton pauvre corps lentement pourrira !
Vanité des beaux yeux et vanité des lèvres,
Et vanité des mains où l’on s’est caressé !
Que restera-t-il donc des frissons et des fièvres
Quand l’agonie horrible et longue aura passé ?
La terre confondra dans une même fange
L’humble et celui qui fut de son âme orgueilleux,
Et rien n’apparaîtra sur leurs tombes d’étrange ;
Ils dormiront égaux et pareils sous les cieux
Vanité ! vanité ! ― Courbe ton front que dresse
Plus haut que ton destin l’ambitieux désir !
La mort, de toutes parts, avidement te presse,
Le néant d’où tu sors cherche à te ressaisir !
Cris de gloire perdus, qu’on peut à peine entendre
Dans la sourde rumeur que fait l’humanité,
Vous montez dune bouche où reste un goût de cendre,
Vous n’êtes qu’un vain bruit par lui-même écouté !
Vanité ! ― Tout s’éteint, tout expire et tout passe,
L’astre dans sa clarté, le monde en son orgueil !
Et l’homme, qui remplit de tumulte l’espace,
Mesure sa grandeur aux planches du cercueil !
Vanité
AUX feux de mon esprit qui s’allume dans l’ombre,
Je me regarde vivre avec étonnement :
Une fierté triomphe en ma stature sombre,
Et je suis comme un roi promis au firmament !
J’ai des chants de victoire au cœur, je me célèbre !
Comme autrefois David devant l’arche a dansé,
J’élève un hymne d’or à ma propre ténèbre,
Et d’un éclair divin je me sens traversé !
Je suis mon seul amour. Je suis grand. Je suis digne.
S’il est quelqu’un meilleur, c’est qu’il existe un Dieu !
Et mon être est marqué, comme l’élu, d’un signe
Tel qu’on en voit la nuit briller dans le ciel bleu !
Vanité ! vanité ! ― Ta poussière superbe
Qui s’aime et se contemple, un vent l’emportera !
Et, comme après l’été splendide le brin d’herbe,
Ton corps, ton pauvre corps lentement pourrira !
Vanité des beaux yeux et vanité des lèvres,
Et vanité des mains où l’on s’est caressé !
Que restera-t-il donc des frissons et des fièvres
Quand l’agonie horrible et longue aura passé ?
La terre confondra dans une même fange
L’humble et celui qui fut de son âme orgueilleux,
Et rien n’apparaîtra sur leurs tombes d’étrange ;
Ils dormiront égaux et pareils sous les cieux
Vanité ! vanité ! ― Courbe ton front que dresse
Plus haut que ton destin l’ambitieux désir !
La mort, de toutes parts, avidement te presse,
Le néant d’où tu sors cherche à te ressaisir !
Cris de gloire perdus, qu’on peut à peine entendre
Dans la sourde rumeur que fait l’humanité,
Vous montez dune bouche où reste un goût de cendre,
Vous n’êtes qu’un vain bruit par lui-même écouté !
Vanité ! ― Tout s’éteint, tout expire et tout passe,
L’astre dans sa clarté, le monde en son orgueil !
Et l’homme, qui remplit de tumulte l’espace,
Mesure sa grandeur aux planches du cercueil !
Albert Lozeau Fleurs fragiles
Albert Lozeau
Fleurs fragiles
RESTE. Ne t’en va pas dans le jardin du rêve
Cueillir des fleurs de joie en la lumière d’or ;
Leur splendeur est fragile et leur odeur est brève :
Si ta main s’en embaume, hélas ! c’est de leur mort.
Oui, rien qu’à les toucher ta main dure les blesse ;
Son froid contact meurtrit leur idéalité,
Et c’est en épargnant leur divine faiblesse
Que tu pourras jouir longtemps de leur beauté.
Retiens ton désir prompt et ta main imprudente,
Si tu ne veux pas voir s’effeuiller sous tes doigts
La frêle fleur de rêve à la corolle ardente,
Qui luit uniquement au jardin des émois.
Reste. Quand un enfant aperçoit les deux ailes
D’un papillon lassé que le soleil endort,
Brutalement, il tend vers lui ses mains cruelles,
L’attrape, ouvre ses doigts : le bel insecte est mort !
Laisse ta plume, va ; connais ton impuissance !
Satisfais-toi du mol et facile plaisir
De regarder fleurir tes rêves en silence,
Sans plus tenter un seul effort pour les saisir.
Contemple, sans vouloir humain, comme le sage,
Sachant que dans le temps passager tout est vain,
Ayant l’éternité déjà sur le visage,
Sans désir, sans regret, immobile et divin.
Fleurs fragiles
RESTE. Ne t’en va pas dans le jardin du rêve
Cueillir des fleurs de joie en la lumière d’or ;
Leur splendeur est fragile et leur odeur est brève :
Si ta main s’en embaume, hélas ! c’est de leur mort.
Oui, rien qu’à les toucher ta main dure les blesse ;
Son froid contact meurtrit leur idéalité,
Et c’est en épargnant leur divine faiblesse
Que tu pourras jouir longtemps de leur beauté.
Retiens ton désir prompt et ta main imprudente,
Si tu ne veux pas voir s’effeuiller sous tes doigts
La frêle fleur de rêve à la corolle ardente,
Qui luit uniquement au jardin des émois.
Reste. Quand un enfant aperçoit les deux ailes
D’un papillon lassé que le soleil endort,
Brutalement, il tend vers lui ses mains cruelles,
L’attrape, ouvre ses doigts : le bel insecte est mort !
Laisse ta plume, va ; connais ton impuissance !
Satisfais-toi du mol et facile plaisir
De regarder fleurir tes rêves en silence,
Sans plus tenter un seul effort pour les saisir.
Contemple, sans vouloir humain, comme le sage,
Sachant que dans le temps passager tout est vain,
Ayant l’éternité déjà sur le visage,
Sans désir, sans regret, immobile et divin.
Albert Lozeau L’Inconnu
Albert Lozeau
L’Inconnu
IL y a bien longtemps que j’attends, sans savoir…
Depuis qu’une âme en moi respire, chante ou pleure,
J’écoute s’approcher, joyeux ou triste, l’heure
Qui bénira mon rêve ou tuera mon espoir !
Qu’est-ce donc ? Ah ! mon cœur est comme un grand trou noir !
Seule, l’incertitude anxieuse y demeure.
Mais qu’un peu de lumière efficace l’effleure,
J’y verrai, comme on voit dans l’ombre d’un beau soir !
Ce que j’attends toujours, serait-ce une chimère ?
Quelque réel bonheur humain, joie éphémère,
Qui me prendrait ma vie et rirait de mon sort ?
O vague et violent désir ! O dure attente !
Je ne sais quoi de pur et d’éternel me tente !
Mais je le connaîtrai lorsque je serai mort...
L’Inconnu
IL y a bien longtemps que j’attends, sans savoir…
Depuis qu’une âme en moi respire, chante ou pleure,
J’écoute s’approcher, joyeux ou triste, l’heure
Qui bénira mon rêve ou tuera mon espoir !
Qu’est-ce donc ? Ah ! mon cœur est comme un grand trou noir !
Seule, l’incertitude anxieuse y demeure.
Mais qu’un peu de lumière efficace l’effleure,
J’y verrai, comme on voit dans l’ombre d’un beau soir !
Ce que j’attends toujours, serait-ce une chimère ?
Quelque réel bonheur humain, joie éphémère,
Qui me prendrait ma vie et rirait de mon sort ?
O vague et violent désir ! O dure attente !
Je ne sais quoi de pur et d’éternel me tente !
Mais je le connaîtrai lorsque je serai mort...
Albert Lozeau Le Rêve mort
Albert Lozeau
Le Rêve mort
LE plus beau de mes rêves dort
Dans le cercueil de mon cœur triste ;
Je porte en pleurant ce grand mort
Dont le fantôme en moi persiste.
Et la nuit, je l’entends souvent
Qui se réveille et se lamente
Ainsi qu’un enterré vivant
Qui dans sa tombe se tourmente !
Je ne puis même soulever
Le couvercle qui l’emprisonne !…
Oh ! lui crier de se lever
Tout droit, dans mon cœur qui frissonne !
Et ce rêve mort à demi
Dont je redoute la blessure,
A peine s’il est rendormi
Qu’il se réveille et me torture !
Le Rêve mort
LE plus beau de mes rêves dort
Dans le cercueil de mon cœur triste ;
Je porte en pleurant ce grand mort
Dont le fantôme en moi persiste.
Et la nuit, je l’entends souvent
Qui se réveille et se lamente
Ainsi qu’un enterré vivant
Qui dans sa tombe se tourmente !
Je ne puis même soulever
Le couvercle qui l’emprisonne !…
Oh ! lui crier de se lever
Tout droit, dans mon cœur qui frissonne !
Et ce rêve mort à demi
Dont je redoute la blessure,
A peine s’il est rendormi
Qu’il se réveille et me torture !
Albert Lozeau Le Mauvais Souvenir
Albert Lozeau
Le Mauvais Souvenir
COMME un fantôme horrible au milieu d’une fête,
Dans l’essaim triomphal de mes rêves joyeux,
Le Mauvais Souvenir, des larmes plein les yeux,
Est apparu, venant d’autrefois, dans ma tête.
Tout mon être a tremblé d’angoisse et de défaite !
Sa présence a vaincu le rire harmonieux ;
Le Mauvais Souvenir, spectre capricieux,
Règne en triste empereur dédaignant sa conquête !
Les beaux espoirs sont morts à ses pieds. Il est seul
Dans le cœur dévasté qui semble un grand linceul,
Vivant, sombre et fatal, gémissant dans sa gloire…
Et comme il est venu, sans désir ni raison,
Il rentrera tranquille au fond de la mémoire
Ainsi qu’un assassin retourne à sa prison !
Le Mauvais Souvenir
COMME un fantôme horrible au milieu d’une fête,
Dans l’essaim triomphal de mes rêves joyeux,
Le Mauvais Souvenir, des larmes plein les yeux,
Est apparu, venant d’autrefois, dans ma tête.
Tout mon être a tremblé d’angoisse et de défaite !
Sa présence a vaincu le rire harmonieux ;
Le Mauvais Souvenir, spectre capricieux,
Règne en triste empereur dédaignant sa conquête !
Les beaux espoirs sont morts à ses pieds. Il est seul
Dans le cœur dévasté qui semble un grand linceul,
Vivant, sombre et fatal, gémissant dans sa gloire…
Et comme il est venu, sans désir ni raison,
Il rentrera tranquille au fond de la mémoire
Ainsi qu’un assassin retourne à sa prison !
Albert Lozeau Solitude
Albert Lozeau
Solitude
SOLITUDE du cœur, silence de la chambre,
Calme du soir autour de la lampe qui luit,
Pendant que sur les toits la neige de décembre
Scintille au clair de lune épandu dans la nuit…
Monotonie exquise, intimité de l’heure
Que rythme également l’horloge au bruit léger, ―
Voix si paisible et si douce que la demeure
Familière, l’entend toujours sans y songer...
Possession de soi, plénitude de l’être,
Recueillement profond et sommeil du désir…
Douceur d’avoir sa part du ciel à la fenêtre,
Et de ne pas rêver qu’ailleurs est le plaisir !
Heureuse solitude ! Onde fraîche où se baigne
L’âme enfiévrée et triste et lasse infiniment,
Où le cœur qu’a meurtri l’existence, et qui saigne,
Embaume sa blessure ardente, en la fermant...
Solitude
SOLITUDE du cœur, silence de la chambre,
Calme du soir autour de la lampe qui luit,
Pendant que sur les toits la neige de décembre
Scintille au clair de lune épandu dans la nuit…
Monotonie exquise, intimité de l’heure
Que rythme également l’horloge au bruit léger, ―
Voix si paisible et si douce que la demeure
Familière, l’entend toujours sans y songer...
Possession de soi, plénitude de l’être,
Recueillement profond et sommeil du désir…
Douceur d’avoir sa part du ciel à la fenêtre,
Et de ne pas rêver qu’ailleurs est le plaisir !
Heureuse solitude ! Onde fraîche où se baigne
L’âme enfiévrée et triste et lasse infiniment,
Où le cœur qu’a meurtri l’existence, et qui saigne,
Embaume sa blessure ardente, en la fermant...
Albert Lozeau Le Silence
Albert Lozeau
Le Silence
LE silence est la voix secrète du mystère
Qui parle à notre cœur, du plus profond de nous,
Et celui qui l’entend chuchoter mieux que tous
Eprouve le besoin éternel de se taire.
Dans l’isolement triste où vit le solitaire,
Malgré les volets clos, les murs et les verrous,
Le silence subtil, harmonieux et doux,
Plane comme l’esprit des choses de la terre.
L’âme pleine de lui, dédaignant les mots vains
Dont le sens est obscur et trompe les humains,
Médite sa leçon d’où le vrai se dégage…
Et c’est lui l’ennemi du frivole langage,
Qui, sur la bouche s’appliquant, telles deux mains,
Fait de l’homme imbécile ou léger presque un sage !
Le Silence
LE silence est la voix secrète du mystère
Qui parle à notre cœur, du plus profond de nous,
Et celui qui l’entend chuchoter mieux que tous
Eprouve le besoin éternel de se taire.
Dans l’isolement triste où vit le solitaire,
Malgré les volets clos, les murs et les verrous,
Le silence subtil, harmonieux et doux,
Plane comme l’esprit des choses de la terre.
L’âme pleine de lui, dédaignant les mots vains
Dont le sens est obscur et trompe les humains,
Médite sa leçon d’où le vrai se dégage…
Et c’est lui l’ennemi du frivole langage,
Qui, sur la bouche s’appliquant, telles deux mains,
Fait de l’homme imbécile ou léger presque un sage !
Albert Lozeau Simplicité
Albert Lozeau
Simplicité
LE Sauveur était beau, dit la Sainte Ecriture ;
L’homme qu’il incarnait cachait en vain le Dieu.
C’est pourquoi les enfants au cœur plein de ciel bleu,
S’approchaient, attirés par sa claire figure.
Ainsi qu’au fond d’un bois se devine le feu
Par un rayonnement pâle en la nuit obscure,
Comme lui transparaît et se révèle un peu,
Sous le manteau du corps, l’âme éclatante et pure.
Mais pour voir la beauté resplendir dans autrui,
Pour s’éblouir le cœur à ce foyer qui luit,
Il faut avoir encor l’âme belle soi-même.
Et l’orgueil obscurcit nos yeux et, triomphants,
Nous nions, aveuglés de beau, le beau suprême !…
Ah ! que ne sommes-nous restés petits enfants !
Simplicité
LE Sauveur était beau, dit la Sainte Ecriture ;
L’homme qu’il incarnait cachait en vain le Dieu.
C’est pourquoi les enfants au cœur plein de ciel bleu,
S’approchaient, attirés par sa claire figure.
Ainsi qu’au fond d’un bois se devine le feu
Par un rayonnement pâle en la nuit obscure,
Comme lui transparaît et se révèle un peu,
Sous le manteau du corps, l’âme éclatante et pure.
Mais pour voir la beauté resplendir dans autrui,
Pour s’éblouir le cœur à ce foyer qui luit,
Il faut avoir encor l’âme belle soi-même.
Et l’orgueil obscurcit nos yeux et, triomphants,
Nous nions, aveuglés de beau, le beau suprême !…
Ah ! que ne sommes-nous restés petits enfants !
Albert Lozeau Enfants
Albert Lozeau
Enfants
LA simplicité claire, enfants, est dans vos yeux.
La vérité s’exprime en vos douces prunelles,
Et l’on y voit passer le souvenir des ailes
Que vous aviez hier en descendant des cieux.
Votre innocence est comme un manteau radieux
Dont frémissent l’émoi les âmes maternelles,
Et sa pureté sainte et sa vertu sont telles
Qu’il en flotte un parfum de candeur en tous lieux.
Sur votre bouche fine en sa grâce première,
On regarde s’ouvrir une fleur de lumière
Qui pâlit par moments, mais qui ne s’éteint pas.
Blancheur, divins regards clos pour les calmes sommes,
Gestes qui font un ciel aux mamans ici-bas !
Charmes trop tôt perdus des enfants dans les hommes !…
Enfants
LA simplicité claire, enfants, est dans vos yeux.
La vérité s’exprime en vos douces prunelles,
Et l’on y voit passer le souvenir des ailes
Que vous aviez hier en descendant des cieux.
Votre innocence est comme un manteau radieux
Dont frémissent l’émoi les âmes maternelles,
Et sa pureté sainte et sa vertu sont telles
Qu’il en flotte un parfum de candeur en tous lieux.
Sur votre bouche fine en sa grâce première,
On regarde s’ouvrir une fleur de lumière
Qui pâlit par moments, mais qui ne s’éteint pas.
Blancheur, divins regards clos pour les calmes sommes,
Gestes qui font un ciel aux mamans ici-bas !
Charmes trop tôt perdus des enfants dans les hommes !…
Albert Lozeau Le Meilleur de nous
Albert Lozeau
Le Meilleur de nous
NOUS avons tous au cœur des désirs retenus
Que la plus clairvoyante amitié ne devine ;
L’un a l’autre, à demi, nous restons inconnus ;
Notre âme n’est pas toute ainsi qu’on l’imagine.
Un grand secret intime existe au fond de nous,
Sans cesse inexprimé, profond comme un mystère ;
Même l’émotion qui nous jette à genoux
N’arrache son énigme au cœur involontaire.
Le sentiment expire en mots insuffisants,
La passion bégaie et se formule à peine,
Et la sincérité des efforts impuissants
Rend plus mystérieuse encore l’âme humaine.
En vain regardons-nous dans l’infini des yeux
La petite lueur claire comme une étoile :
L’étoile ne dit pas l’immensité des cieux ;
Par le regard trop peu de l’être se dévoile.
Nos mouvements cachés sont souvent les plus beaux ;
Nous nous ignorons tant pour pouvoir nous comprendre !
Et c’est pour cette part du cœur à moitié clos,
Peut-être, qu’on nous eût aimés d’amour plus tendre...
Le Meilleur de nous
NOUS avons tous au cœur des désirs retenus
Que la plus clairvoyante amitié ne devine ;
L’un a l’autre, à demi, nous restons inconnus ;
Notre âme n’est pas toute ainsi qu’on l’imagine.
Un grand secret intime existe au fond de nous,
Sans cesse inexprimé, profond comme un mystère ;
Même l’émotion qui nous jette à genoux
N’arrache son énigme au cœur involontaire.
Le sentiment expire en mots insuffisants,
La passion bégaie et se formule à peine,
Et la sincérité des efforts impuissants
Rend plus mystérieuse encore l’âme humaine.
En vain regardons-nous dans l’infini des yeux
La petite lueur claire comme une étoile :
L’étoile ne dit pas l’immensité des cieux ;
Par le regard trop peu de l’être se dévoile.
Nos mouvements cachés sont souvent les plus beaux ;
Nous nous ignorons tant pour pouvoir nous comprendre !
Et c’est pour cette part du cœur à moitié clos,
Peut-être, qu’on nous eût aimés d’amour plus tendre...
Albert Lozeau Pureté
Albert Lozeau
Pureté
LA pureté fragile est le don le plus beau.
Le regard des petits en répand la lumière.
Oh ! comme l’homme est triste et se sent l’âme amère
D’avoir un jour soufflé l’intérieur flambeau !
Pas plus qu’un astre éteint, il ne luit de nouveau ;
Une première fois, il meurt : c’est la dernière !
Pleurez la flamme morte à jamais, tout entière !
Pleurez sur votre cœur sombre jusqu’au tombeau !
Tout sera désormais pareil à vos pensées
Par l’infernal esprit sans cesse caressées,
Et vous croirez chacun pervers autant que vous !
Car vos yeux ne verront qu’a travers la souillure, ―
Double et claire beauté, mais à votre âme obscure, ―
La jeune mère chaste et la vierge à genoux...
Pureté
LA pureté fragile est le don le plus beau.
Le regard des petits en répand la lumière.
Oh ! comme l’homme est triste et se sent l’âme amère
D’avoir un jour soufflé l’intérieur flambeau !
Pas plus qu’un astre éteint, il ne luit de nouveau ;
Une première fois, il meurt : c’est la dernière !
Pleurez la flamme morte à jamais, tout entière !
Pleurez sur votre cœur sombre jusqu’au tombeau !
Tout sera désormais pareil à vos pensées
Par l’infernal esprit sans cesse caressées,
Et vous croirez chacun pervers autant que vous !
Car vos yeux ne verront qu’a travers la souillure, ―
Double et claire beauté, mais à votre âme obscure, ―
La jeune mère chaste et la vierge à genoux...
Albert Lozeau Éloignement
Albert Lozeau
Éloignement
LES pires maux sont ceux que l’on souffre en secret,
Comme en l’éloignement infini du silence ;
Parfois, entre les cœurs quelle longue distance,
Qu’un mot, ainsi qu’un grand coup d’aile, franchirait !
Laisse ta fausse honte et prends le chemin vrai :
Courageuse, que ta douleur enfin s’élance !
La route des aveux et de la confidence
Vers le soulagement certain te conduirait.
Mais tu ne veux jamais ce que je te propose !
Toujours le cœur fermé comme la lèvre close,
Et toujours ce regard que ton âme dément !
Aussi, parmi ceux-là que l’amitié console,
Que rapproche l’émoi d’une simple parole,
Seul, tu pleures muré dans ton isolement !
Éloignement
LES pires maux sont ceux que l’on souffre en secret,
Comme en l’éloignement infini du silence ;
Parfois, entre les cœurs quelle longue distance,
Qu’un mot, ainsi qu’un grand coup d’aile, franchirait !
Laisse ta fausse honte et prends le chemin vrai :
Courageuse, que ta douleur enfin s’élance !
La route des aveux et de la confidence
Vers le soulagement certain te conduirait.
Mais tu ne veux jamais ce que je te propose !
Toujours le cœur fermé comme la lèvre close,
Et toujours ce regard que ton âme dément !
Aussi, parmi ceux-là que l’amitié console,
Que rapproche l’émoi d’une simple parole,
Seul, tu pleures muré dans ton isolement !
Albert Lozeau Confiance
Albert Lozeau
Confiance
L’AVARE avec son or vit seul, mais il est triste.
Qui ne sait partager ne saura pas aimer.
Doux est d’ouvrir son cœur, dur est de le fermer
Et d’en jouir, tremblant d’une crainte égoïste.
Qu’à l’appel fraternel ta porte ne résiste !
L’accueil est la moitié du don, qui sait charmer.
Sois téméraire et grand ! Tu sauras désarmer
L’hôte dont le dessein est louche, s’il insiste !
La confiance est le premier pas de l’amour.
Si tu veux qu’il s’installe en toi, fais qu’en retour
Le doute dont ton cœur est clos faiblisse et meure.
Car celui-là peut bien tout souffrir ici-bas,
Qui, seul sur son trésor veille, redoute et pleure,
Et, de peur de donner en vain, ne donne pas !
Confiance
L’AVARE avec son or vit seul, mais il est triste.
Qui ne sait partager ne saura pas aimer.
Doux est d’ouvrir son cœur, dur est de le fermer
Et d’en jouir, tremblant d’une crainte égoïste.
Qu’à l’appel fraternel ta porte ne résiste !
L’accueil est la moitié du don, qui sait charmer.
Sois téméraire et grand ! Tu sauras désarmer
L’hôte dont le dessein est louche, s’il insiste !
La confiance est le premier pas de l’amour.
Si tu veux qu’il s’installe en toi, fais qu’en retour
Le doute dont ton cœur est clos faiblisse et meure.
Car celui-là peut bien tout souffrir ici-bas,
Qui, seul sur son trésor veille, redoute et pleure,
Et, de peur de donner en vain, ne donne pas !
Albert Lozeau Paroles menteuses
Albert Lozeau
Paroles menteuses
CHAQUE jour nous disons ― l’habitude en est prise ―
Des mots qui ne sont plus sincères qu’à demi,
Et que nous prodiguons, simulant la surprise
Douloureuse, en serrant la main d’un pauvre ami.
L’expression navrée, et par la lèvre apprise
Dans les heures de deuil et de larmes, parmi
La désolation lamentable qui brise,
Part d’une âme où pourtant rien d’ému n’a frémi !
Ces mots drapés de noir et voilés de mensonge
Deviennent odieux et vils, quand se prolonge
Le désaccord flagrant de la bouche et du cœur !
Oh ! l’artifice vain des formules prescrites !
Puissions-nous, en silence honorant la douleur,
Vous bannir à jamais, paroles hypocrites !
Paroles menteuses
CHAQUE jour nous disons ― l’habitude en est prise ―
Des mots qui ne sont plus sincères qu’à demi,
Et que nous prodiguons, simulant la surprise
Douloureuse, en serrant la main d’un pauvre ami.
L’expression navrée, et par la lèvre apprise
Dans les heures de deuil et de larmes, parmi
La désolation lamentable qui brise,
Part d’une âme où pourtant rien d’ému n’a frémi !
Ces mots drapés de noir et voilés de mensonge
Deviennent odieux et vils, quand se prolonge
Le désaccord flagrant de la bouche et du cœur !
Oh ! l’artifice vain des formules prescrites !
Puissions-nous, en silence honorant la douleur,
Vous bannir à jamais, paroles hypocrites !
Albert Lozeau Défiance
Albert Lozeau
Défiance
BARRICADE la porte et ferme les volets :
Ton cœur est la maison qui doit rester secrète ;
Des trésors sont cachés, que la foule indiscrète
Contemplerait comme un butin, si tu voulais !
Trop d’appétits sont vils, trop de désirs sont laids :
N’en laisse pénétrer aucun dans ta retraite ;
Vis en toi-même ainsi qu’un doux anachorète,
Et ne franchis jamais le seuil de ton palais.
Le regard du vulgaire est plein de convoitise.
De cet or soupçonné l’homme aura la hantise,
Et, si tu n’y prends garde, il te dépouillera.
Mais si, fortifié de silence invincible,
Dans la maison du cœur tu veilles invisible,
L’homme, ne voyant rien à prendre, s’en ira.
Défiance
BARRICADE la porte et ferme les volets :
Ton cœur est la maison qui doit rester secrète ;
Des trésors sont cachés, que la foule indiscrète
Contemplerait comme un butin, si tu voulais !
Trop d’appétits sont vils, trop de désirs sont laids :
N’en laisse pénétrer aucun dans ta retraite ;
Vis en toi-même ainsi qu’un doux anachorète,
Et ne franchis jamais le seuil de ton palais.
Le regard du vulgaire est plein de convoitise.
De cet or soupçonné l’homme aura la hantise,
Et, si tu n’y prends garde, il te dépouillera.
Mais si, fortifié de silence invincible,
Dans la maison du cœur tu veilles invisible,
L’homme, ne voyant rien à prendre, s’en ira.
Albert Lozeau L’Autre
Albert Lozeau
L’Autre
COMME dans un miroir se double notre image,
Par une nuit d’hiver je me suis apparu ;
J’avais les mêmes yeux dans le même visage,
Mon âge d’un seul jour ne s’était pas accru.
Mon fantôme s’assit près de moi. Nous parlâmes.
Tout ce qu’il me disait me paraissait ancien ;
Et lui me regardait, ses yeux gris pleins de blâmes :
Mon langage nouveau contredisait le sien.
Pourtant, c’était bien moi rapproché de moi-même,
Ce compagnon d’un soir n’était pas étranger ;
Entre nous, cependant, quelle distance extrême !
L’un de nous deux semblait à l’autre mensonger !
Il partit doucement, comme expire une flamme,
Me laissant seul, le cœur triste et l’esprit confus…
Cet autre avec mes traits mortels, c’était mon âme
Aux mots de vérité que je ne comprends plus !
L’Autre
COMME dans un miroir se double notre image,
Par une nuit d’hiver je me suis apparu ;
J’avais les mêmes yeux dans le même visage,
Mon âge d’un seul jour ne s’était pas accru.
Mon fantôme s’assit près de moi. Nous parlâmes.
Tout ce qu’il me disait me paraissait ancien ;
Et lui me regardait, ses yeux gris pleins de blâmes :
Mon langage nouveau contredisait le sien.
Pourtant, c’était bien moi rapproché de moi-même,
Ce compagnon d’un soir n’était pas étranger ;
Entre nous, cependant, quelle distance extrême !
L’un de nous deux semblait à l’autre mensonger !
Il partit doucement, comme expire une flamme,
Me laissant seul, le cœur triste et l’esprit confus…
Cet autre avec mes traits mortels, c’était mon âme
Aux mots de vérité que je ne comprends plus !
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