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jeudi 16 mai 2013

Avril par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

Avril par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

La neige fond partout ; plus de lourde avalanche.
Le soleil se prodigue en traits plus éclatants ;
La sève perce l'arbre en bourgeons palpitants
Qui feront sous les fruits, plus tard, plier la branche.

Un vent tiède succède aux farouches autans ;
L'hirondelle est absente encor ; mais en revanche
Des milliers d'oiseaux blancs couvrent la plaine blanche,
Et de leurs cris aigus rappellent le printemps.

Sous l'effluve fécond il faut que tout renaisse...
Avril c'est le réveil, avril c'est la jeunesse.
Mais quand la Poésie ajoute : mois des fleurs -

Il faut bien avouer - nous que trempe l'averse,
Qu'entraîne la débâcle, ou qu'un glaçon renverse -
Que les poètes sont d'aimables persifleurs.

Août par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

Août par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

C'est la fenaison ; personne ne chôme.
Dès qu'on voit du jour poindre les blancheurs,
En groupes épars, les rudes faucheurs
Vont couper le foin au sauvage arome.

Au bord des ruisseaux, d'indolents pêcheurs
Des saules pensifs dorment sous le dôme ;
Et, le soir venu, l'air qui nous embaume
Apporte déjà d'étranges fraîcheurs.

Mais, quand midi luit sur les fondrières,
Deux à deux, cherchant de blondes clairières
Où la mousse étend son beau tapis vert,

Des couples rieurs vont sous la feuillée
Par un beau ciel d'or tout ensoleillée,
Le panier au bras, mettre le couvert.

Amitié par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

Amitié par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

A Mlle N***

Je connais un petit ange
Lequel n'a jamais mouillé
Sa blanche robe à la fange
Dont notre monde est souillé.

C'est lui qui donne le change
Au pauvre coeur dépouillé
Que l'amour, vautour étrange,
D'un bec cruel a fouillé.

Cet ange, qui vous ressemble,
Sous son aile nous rassemble
C'est la divine Amitié.

Son regard est doux et calme ;
Il m'offre sa chaste palme...
En voulez-vous la moitié ?

A Pamphile Le May par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

A Pamphile Le May par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

Ami, sur le flot noir ou la vague opaline,
Naïfs fervents du Rêve ou jouets du Destin,
Bien longtemps nous avons vers un port incertain
Ouvert la même voile à la brise féline.

Comme il est loin déjà notre premier matin ?
Voici qu'à l'horizon notre soleil décline ;
Et, voyageurs lassés, du haut de la colline,
Nous tournons nos regards vers le passé lointain.

Là, calme radieux, ailleurs bourrasque sombre !
Chimère qui sourit, espoir trompeur qui sombre,
Joie ou peine, chacun réclamait sa moitié.

Et, que le vent fût doux, ou battît notre toile,
Jamais ne s'obscurcit pour nous la double étoile
Du saint amour de l'Art et de notre amitié.

A mon ami Alphonse Leduc par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

A mon ami Alphonse Leduc par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)


Le jour de son mariage

Le bonheur de la vie est un fatal problème
Que pour résoudre il faut, son tour venu, savoir,
Comme un hardi joueur, jeter tout son avoir,
Nom, honneur, avenir, sur la carte suprême.

Ce jour aux lendemains que nul ne peut prévoir,
C'est celui qu'on choisit pour dire : - Je vous aime !
A celle qui, changée en un autre vous-même,
Doit tremper votre amour aux sources du devoir.

Ami, le risque est grand ; nul cas rédhibitoire ;
Le destin est au fond de l'urne aléatoire,
Et les arrêts qu'il rend sont les arrêts de Dieu.

Heureux celui qui peut, toute crainte bannie,
Dans le choix de son coeur trouver un bon génie,
Et dire comme toi : - J'ai gagné tout l'enjeu !

A Mme Eliza Frank par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

A Mme Eliza Frank par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

Quand la nuit tombe, - au bord secret des étangs clairs,
Où le flot balancé dans son urne trop pleine
Inonde vaguement de ses pâles éclairs
Un fouillis d'ajoncs verts qui tremble à chaque haleine, -

Avez-vous entendu - voix d'ange ou de sirène -
Animant tout à coup l'ombre des bois déserts,
D'un rossignol ému la cantate sereine
S'élever lentement dans le calme des airs ?

Tout fait silence alors - souffles, soupirs, murmures,
Lyres des soirs que Dieu suspendit aux ramures,
De la brise et des nids colloques enchantés ?...

Madame, vous avez de l'oiseau solitaire
L'accent victorieux, et chacun doit se taire
Dans le ravissement sitôt que vous chantez !

A Miss Winnie Howels par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

A Miss Winnie Howels par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

Bravant dans ses rigueurs notre zone neigeuse,
Tourterelle échappée à l'Orient vermeil,
Qui donc a dirigé ton aile voyageuse
Vers nos pays du Nord oubliés du soleil ?

Toi dont Venise, au chant de sa lagune heureuse,
Berça le premier rêve et le premier sommeil !
Quel caprice a conduit ta course aventureuse
Vers nos bords où l'été n'a qu'un tardif réveil ?

Oh ! je le sais, enfant ! A la plus pure flamme
Ton père, doux poète, alluma ta belle âme ;
Et, fier de nous montrer un coeur comme le tien,

Après avoir - conteur à la voix sympathique ! -
Chanté notre pays sur sa lyre exotique,
Il t'envoya vers nous pour faire aimer le sien !

A M. Louis Herbette par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

A M. Louis Herbette par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

C'est Paris, saluons la grande capitale
Où tout ce qu'on rêva se trouve réuni ;
Où merveille partout sur merveille s'étale,
Antique Eden par l'art sans cesse rajeuni.

Eloignons-nous un peu de la ville centrale ;
Et sur ce seuil discret, élégant et béni,
Laissons nos murs émus battre la générale
Nous sommes au dix sept, boulevard Fortuny.

Ici le froment pur ne connaît pas l'ivraie
Sous ce toit, c'est la France, et c'est la France vraie !
C'est la vertu civique à trente-six carats !

On y retrouve à fond nos fraternels usages,
Des murs tout grand ouverts et de charmants visages...
Canadiens, entrez tous : l'Oncle vous tend les bras.

A M. de Siarit par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

A M. de Siarit

par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)


Quand tous les jours mon coeur vieilli se désenchante,
Pourrais-je ne pas faire un sympathique accueil
A ce frère inconnu dont la pitié touchante
Vient verser de si loin du baume sur mon deuil !

Merci ! quand se gravait, dans une heure méchante,
Le mot désespérance en travers de mon seuil,
Au fond de ma tristesse amère et desséchante,
Merci pour avoir mis cette larme à mon oeil !

Dieu d'un sceau différent marqua nos destinées ;
Pour le vol le plus prompt que de longues journées
Des rivages d'Afrique au lointain Canada 1...

Mais l'espace dût-il défier la boussole,
Quand la brise m'apporte un mot qui me console,
Je pleure en écoutant son doux sursum corda !

A Lucien par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)

A Lucien par Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908)
 
Enfant de M. Chs Langelier

Enfant, sous les langes de toile
Dont s'enveloppe ton sommeil,
Dis-nous, à ton premier réveil,
Le doux mystère qui te voile.

Dis, quelque chérubin vermeil
T'a-t-il apporté dans son voile ?
Es-tu le reflet d'une étoile
N'es-tu qu'un rayon de soleil ?

Et le petit que l'on adore,
De son regard que le ciel dore,
De son regard tendre et vainqueur,

Répond : - Je suis l'être éphémère
Né du sourire de ma mère
Reflété dans un noble coeur.