Fernand Ouellette
Sanglots d'aile
À Pierre Jean Jouve
Nos très noirs sanglots d'ailes
au rouge printemps de la foudre
se nouent en vain :
il y a mort de soleil
à la source du jour,
mort de lumière profonde
en l'élan de l'oeil.
Et remonte la mémoire
le brouillard de neiges tristes,
et glisse la gelée muette
dans les bourgeons de joies désirantes.
Nos très noirs sanglots d'ailes
en plongée contournent
la fumée d'un ange montante :
il y a mort d'infini
sous la pierre des paupières.
OUELLETTE, Fernand, Ces anges de sang, L'Hexagone, « Les Matinaux », 1955, 30 p.
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mercredi 15 juin 2011
Fernand Ouellette Navigation
Fernand Ouellette
Navigation
Le mot, par la sente,
foudroyant de mort.
Passent les flammes
si fines par le plan des cils.
Là-bas l'attise le regard
quand il porte le bruit
au point d'incandescence.
Nul accueil, nul retour.
Comme un cri, cette navigation
dérive, désespère
et s'épand dans la brume.
Navigation
Le mot, par la sente,
foudroyant de mort.
Passent les flammes
si fines par le plan des cils.
Là-bas l'attise le regard
quand il porte le bruit
au point d'incandescence.
Nul accueil, nul retour.
Comme un cri, cette navigation
dérive, désespère
et s'épand dans la brume.
Fernand Ouellette Naufrage
Fernand Ouellette
Naufrage
Immobile mais balisée par les odeurs,
Cherchant la proie jusqu'à l'ange :
elle s'étendit sur le drap froid
parfaitement fleuve parsemé de joncs fauves.
Dans un éclair ma vie s'y déposa,
vif corbeau dans la moisson dolente.
Ainsi se laissa-t-elle assaillir et dévaster
sous les cris des mains
et polir par la langue dans les ombrages.
Quand sur le flanc elle revint,
Comme une amphore de la flamme,
sa peau était ici et là moirée et mauve
de pensées en naufrage.
Naufrage
Immobile mais balisée par les odeurs,
Cherchant la proie jusqu'à l'ange :
elle s'étendit sur le drap froid
parfaitement fleuve parsemé de joncs fauves.
Dans un éclair ma vie s'y déposa,
vif corbeau dans la moisson dolente.
Ainsi se laissa-t-elle assaillir et dévaster
sous les cris des mains
et polir par la langue dans les ombrages.
Quand sur le flanc elle revint,
Comme une amphore de la flamme,
sa peau était ici et là moirée et mauve
de pensées en naufrage.
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